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Article paru dans La Tribune – 17 Mai 2017

La nantaise I-Sep veut révolutionner la transfusion sanguine

Par Frédéric Thual, à Nantes  |  17/05/2017, 13:23  |  923  mots
La startup nantaise I-Sep vient de finaliser une levée de fonds de 1 million d'euros, une bouffée d'oxygène pour accélérer le développement d'un autotransfuseur sanguin, une machine capable de récupérer le sang épanché d'un patient lors d'une opération chirurgicale, de le traiter et de le réinjecter, plutôt que d'avoir recours à des poches de sang d'un donneur lambda.
La startup nantaise I-Sep vient de finaliser une levée de fonds de 1 million d’euros, une bouffée d’oxygène pour accélérer le développement d’un autotransfuseur sanguin, une machine capable de récupérer le sang épanché d’un patient lors d’une opération chirurgicale, de le traiter et de le réinjecter, plutôt que d’avoir recours à des poches de sang d’un donneur lambda. (Crédits : I-Sep)
Fondée il y a à peine deux ans, la startup nantaise I-Sep vient de réussir une deuxième levée de fonds auprès de Go Capital. Cette fois, le fonds d’investissement régional amène 1 million d’euros pour accélérer le développement d’un projet d’auto-transfusions sanguines innovant et prometteur.

Du sang neuf pour I-Sep…  Près de deux ans après avoir décroché 800.000 euros auprès de Go Capital Amorçage entré au capital, la startup nantaise I-Sep vient de finaliser une levée de fonds de 1 million d’euros auprès du fond d’investissement régional Go Capital et de 230.000 euros auprès d’investisseurs privés de l’ouest. Une bouffée d’oxygène pour accélérer le développement d’un autotransfuseur sanguin, une machine capable de récupérer le sang épanché d’un patient lors d’une opération chirurgicale, de le traiter et de le réinjecter, plutôt que d’avoir recours à des poches de sang d’un donneur lambda. Si la technique utilisée pour 250.000 à 300.000 chirurgies par an en France, existe déjà pour les globules rouges, I-Sep innove avec un prototype pouvant également traiter les plaquettes.

Ce qui n’était pas le cas jusque-là. D’où un surcoût et des risques, liées à l’incompatibilité des donneurs et aux contaminations, lors des interventions. Cette nouvelle génération d’autotransfuseur repose sur le principe de séparation de phase grâce à une filtration spécifique, contrairement au système de centrifugation habituellement utilisé, et ouvrirait « une nouvelle ère dans la ‘récupération du sang en péri-opératoire’ (ou RSPO) ». Montée sur pied ou posée sur une table, la machine devrait avoir un encombrement minimal de 40 x 40cm. Outre une qualité de sang accrue, elle offrira une ergonomie et une facilité d’utilisation renforcée. « Simple, intuitive, l’interface se pilote comme un smartphone et est utilisable par n’importe qui sans formation spécifique », assure-t-on.

Quarante ans de recherches et des rencontres

Pour Françis Gadrat, médecin anesthésiste réanimateur au CHU de Bordeaux, inventeur de cette solution de rupture technologique, et co-fondateur d’I-Sep (pour Innovation séparative), il s’agit de réduire les effets secondaires induits par les hémorragies chirurgicales et d’améliorer la récupération post-opératoire des patients. L’idée a fait son chemin pendant quarante ans, jusqu’à ce qu’il mette au point de cette technologie inédite, et fonde I-Sep avec Bertrand Chastenet, consultant et dirigeant dans l’industrie pharmaceutique. Un duo rejoint par Sylvain Picot, un jeune entrepreneur, créateur il y a dix ans de la startup Biom’Up, spécialisée dans la fabrication d’implants chirurgicaux résorbables.

« C’est une histoire de rencontres. Celle d’un médecin, d’un manager, d’un entrepreneur et d’une société de capital risque, engagée dans le secteur de la santé qui a d’emblée cru au projet », affirme Sylvain Picot, devenu président d’I-Sep.

Une complémentarité de compétences qui a su séduire le gestionnaire de fonds d’investissement Go Capital qui, par ailleurs, vient de lancer un nouveau fonds d’amorçage, doté de 60 millions d’euros, pour soutenir les startups de l’Ouest.

Un modèle économique à base de consommables

En dix-huit mois d’activité, I-Sep a déjà mis sur pied un démonstrateur prêt à être industrialisé. Déjà, la solution a été brevetée pour quinze pays dans le monde où le marché, très concurrentiel, est estimé à 300 millions d’euros.

« Nous ciblons prioritairement le marché français pour satisfaire à la fois les besoins des grands centres hospitaliers et les plus petites structures, mais aussi, très rapidement les pays émergents et les marchés européens et mondiaux», explique-t-il.

Non encore établi, le prix de la machine pourrait se positionner en dessous des solutions concurrentes sachant que le modèle économique d’I-Sep repose, comme pour Nespresso et bien d’autres, sur la vente de consommables (filtres, tubulures, poches).

Pour coller aux besoins des professionnels, I-Sep collabore avec les CHU de Bordeaux, Lyon, Nantes et Rennes, et devrait se rapprocher prochainement d’un établissement parisien. Un partenariat est également engagé avec l’EFS (l’Etablissement français du sang).

« Notre solution permet de répondre à la raréfaction des donneurs de sang, et à l’EFS, de se concentrer sur l’exploitation de dérivés sanguins », justifie Sylvain Picot.

Simple et économe, cette nouvelle génération d’autotransfuseur pourrait, aussi, à l’avenir trouver des débouchés dans l’univers vétérinaire où jusqu’à présent, faute de rentabilité, très peu de banques de sang ont été développées. Un partenariat est également mené avec l’école nationale vétérinaire nantaise Oniris.

L’intérêt du « Patient Blood Management »

« Cette levée de fonds va maintenant nous permettre de finaliser les développements techniques, de trouver les partenaires pour l’industrialisation et d’initier les premiers essais cliniques avant la fin de l’année », explique encore Sylvain Picot. Contrairement aux médicaments, la durée des essais cliniques pour les dispositifs médicaux s’avère beaucoup plus courte.

« Si, pour une prothèse, on est obligé d’attendre plusieurs mois pour en mesurer les effets, ici, en 24 heures ou en quatre à cinq jours pour le suivi d’un patient… on est en mesure de voir ce qui fonctionne ou non », ajoute-il.

Ce qui permet à I-Sep d’espérer un marquage CE d’ici la fin de l’année 2018 pour un lancement commercial en 2019.  Selon Leïla Nicolas, directrice d’investissement chez Go Capital et membre du comité stratégique d’I-Sep : « Cette technologie va changer les habitudes d’un marché aujourd’hui érodé par la centrifugation et qui devrait intéresser fortement les industriels du « Patient Blood Management » à la recherche de nouveautés dans le secteur. » Parallèlement à cette levée de fond, I-Sep a lancé une campagne de crowdfunding sur la plateforme d’investissement participatif Wiseed pour renforcer et sécuriser ses développements.

Frédéric Thual

 

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